En 2011, tout avait commencé parce que des écoliers de Deraa (extrême Sud de la Syrie), inspirés par les révoltes des autres pays arabes, s’étaient pris à rêver au départ du tyran de Damas, Bachar El Assad. Sur les murs de la ville avaient fleuri des messages ironiques, dont celui qui avait suscité la fureur du président : « Jay alek el door ya doctor » (« Ton tour arrive docteur » – Bachar El Assad est ophtalmologiste).

Arrêtés et torturés par les sbires de Bachar, les enfants de Deraa avaient initié inconsciemment l’un des plus beaux moments de révolte que le pays ai connu. Dans tout les pays, des manifestations énormes avaient fleuri. On se souvient des magnifiques messages d’espoir adressés chaque semaine au monde entier par les habitant-es de Kafranbel, à une heure seulement d’Idlib, qui depuis est devenu le cœur du cyclone, bombardé chaque jour par des tonnes de bombes portant le tampon des marchands de morts russes et occidentaux.

On se souvient de ces milliers de personnes dansant dans la lumière des projecteurs pour braver le couvre-feu et on entend encore résonner dans nos oreilles les chants lancés par les deux oiseaux de la révolte, Ibrahim Qachouch et Abdel-Basset el-Sarout : “Yalla irhal ya Bachar” (“Allez dégage Bachar”)

Le destin des deux hommes illustre la suite des événements. Le premier fut arrêté et torturé dés 2011 par les mukhabarat et chabiha (miliciens) de Bachar, et ses cordes vocales arrachées. Le second est mort en juin 2019 des suites de ses blessures, après avoir combattu avec les rebelles dans la région de Hama. Les tortionnaires de Bachar ont aussi brisé les mains du caricaturiste Ali Ferzat, avant de le laisser pour mort au bord d’une route.

La révolte de 2011 a été anéantie dans la terreur et le sang. Des images, comme les 45 000 clichés du photographe César, emportées en Europe par cet ancien militaire du régime (déserteur) et diffusées au monde apportèrent la démonstration de la barbarie du régime. La révolte s’est tue et ceux qui ont choisi la lutte armée ne finissent pas d’être écrasés sous les bombes dans le nord du pays. Une grande partie d’entre eux a rejoint les islamistes, tandis que les moins confessionnels et les plus désintéressés, totalement isolés, n’intéressent plus personne.

Avec l’écrasement de l’Etat islamique (bataille remportée grâce à l’intervention armée des kurdes au nord, mais aussi des druzes au sud), puis l’offensive turque, la trêve et les patrouilles conjointes entre turcs et russes, les pions placés par les Etats-unis et l’Europe ça et là (par le truchement des ONG et des accords imposés aux kurdes), mais aussi l’invasion tranquille du territoire syrien par les forces russes et le hezbollah (avec l’accord de Bachar, qui croit peut-être assurer sa sécurité et son pouvoir de cette manière), Damas semble bien isolée au milieu d’un immense pays où le président, avec sa petite tête vide au bout d’un long cou, ne maîtrise plus grand chose…

Ce qui a fondamentalement changé, c’est que ce dernier n’a plus la même assise qu’autrefois. Depuis quelques semaines, un conflit fratricide l’oppose à son cousin, Rami Makhlouf, et partout les russes occupent le territoire, y compris en territoire kurde, comme s’ils préparaient doucement une reprise en main du pays. Et, obstinément, Bachar continue d’applatir le nord du pays sous les bombes, comme si son pouvoir en dépendait encore.

Mais en 2020, la combinaison entre les sanctions internationales et la pandémie ont mis un terme à plusieurs années de résignation et de peur : les syrien-nes meurent de faim !

Depuis le début de l’année, le cours de la livre syrienne subit une chute sans précédent : de 500 livres en janvier 2020, le dollard a passé le cap des 3000 livres ce 8 juin. En un an, la livre a été dévaluée de 130 %. Le prix des oignons a augmenté en deux mois de 97%, les lentilles de 64%, le pain de 54%, la farine de 46%, les pâtes de 44% et le riz de 33%. Le salaire moyen étant de 30000 livres et un repas de famille coûtant entre 3000 et 5000 livres pour une famille classique (deux ou trois enfants), un salaire sert tout juste à payer la nourriture pour une dizaine de jours à raison d’un repas par jour, certaines familles ne pouvant même plus se permettre d’acheter de l’huile d’olive et du thé. Les épiceries quant à elles, choisissent de n’ouvrir que quelques heures par jour, ne sachant pas à quel prix vendre leurs produit, le dollard augmentant de 200 livres syriennes par jour. Et les banques commencent à fermer leurs distributeurs…

Depuis vendredi, d’abord timidement, et avec de plus en plus de ferveur, la population brave à nouveau le pouvoir, manifestant dans la rue en scandant cette ritournelle qui avait tant irité l’idiot qui sert de président à la Syrie depuis trop longtemps : “Yalla irhal ya Bachar !”

Les autres slogans :

اللي يجوع شعبه خاين

« Celui qui afame son peuple est un traître »

لشعب يريد إسقاط النظام

« Le peuple veut la fin du régime ! »

سوريا حرة حرة إيران تطلع برا

La Syrie est libre, l’Iran dehors !

سوريا حرة حرة بشار يطلع برا

La Syrie est libre, Bachar dégage !

تحيا سوريا ويسقط بشار الأسد

Longue vie à la Syrie et à bas Bachar El Assad !

ثورة حرية عدالة اجتماعية

Révolution, liberté, justice sociale !

ما بدنا نعيش بدنا نموت بكرامة

On ne veut pas vivre, on veut mourir avec dignité !

يا ادلب، السويدا معاكي للموت

Idleb, Suwayda est avec vous jusqu’à la mort !

يا درعا، السويدا معاكي للموت

Deraa, Suwayda est avec vous jusqu’à la mort !

ثورة

Révolution !

Celles et ceux qui, dans leur cynisme et leur indifférence, voudraient voir l’Etat islamique anéanti et les réfugié-es syrien-nes rentrer chez elleux par l’opération du saint esprit ou par la seule force brute, devraient comprendre que l’équilibre du monde dépend de la chute des régimes qui portent en eux l’autoritarisme viril et le goût de l’argent, où qu’ils se trouvent. Le menace ne vient pas des révoltes populaires et de l’exil, mais de ces élites qui croient qu’on peut disposer des humain-es comme on dispose de pions sur un échiquier noir et blanc.

Alors que le monde entre dans une période de bouleversement sans précédent, que le racisme systémique et l’autoritarisme sont sur toutes les lèvres, nous invitons le monde à reprendre le chant de la révolte syrienne, pour faire enfin tomber tous les idiots utiles du système qui nous servent de dirigeants !

La libération des peuples rime avec la fin du capitalisme (et de son impérialisme).

L’insurrection ne peut être que globale, portée par le peuple pour le peuple.

Solidarité internationale avec le peuple syrien !!

https://www.lemonde.fr/international/article/2013/03/08/les-enfants-de-deraa-l-etincelle-de-l-insurrection_1845327_3210.html

https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/09/04/allez-degage-bachar-le-chant-revolutionnaire-des-rebelles-syriens_1755193_3218.html

https://www.lorientlejour.com/article/715172/Qachouch%252C_le_rossignol_de_la_contestation_syrienne_s%2527est_tu_a_jamais.html

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2019/06/10/abdel-basset-al-sarout-voix-des-revoltes-de-homs-mort-au-combat-a-27-ans_5474042_3382.html

https://www.hrw.org/report/2015/12/16/if-dead-could-speak/mass-deaths-and-torture-syrias-detention-facilities

https://sp-today.com/en/

https://www.facebook.com/104105744468398/videos/624223138176708/

After almost ten years of nightmare, the Syrian people gets back in the dance of revolts

In 2011, everything started because schoolchildren in Deraa (far south of Syria), inspired by the revolts of other arab countries, had caught themself dreaming about the fall of the tyrant of Damascus, Bashar El Assad. On the city walls, ironic messages had blossomed, including the one that had aroused the President’s fury: “Jay alek el door ya doctor” (“Your turn is coming doctor” – Bachar El Assad is an ophthalmologist).

Arrested and tortured by Bashar’s henchmen, the children of Deraa had unconsciously initiated one of the most beautiful moments of revolt that the country has known. In all the countries, huge demonstrations had flourished. We remember the magnificent messages of hope sent to the world every week by the inhabitants of Kafranbel, just an hour from Idlib, which has since become the heart of the cyclone, bombed every day by tons of bombs carrying the stamp of the Russian and Western death merchants.

We remember those thousands of people dancing in the spotlights to defy the curfew and we can still hear the songs launched by the two birds of the revolt, Ibrahim Qachouch and Abdel-Basset el-Sarout, ringing in our ears: ” Yalla irhal ya Bachar “(“Get out, Bachar !”)

The fate of the two men illustrates the sequence of events. The first was arrested and tortured in 2011 by the mukhabarat and shabiha (militiamen) of Bashar, and his vocal cords torn off. The second died in June 2019 of his injuries, after fighting with the rebels in the Hama region.

The revolt of 2011 had been wiped out in terror and blood. Images, like the 45,000 photos of the photographer César, taken to Europe by this former regime soldier (deserter) and disseminated to the world demonstrated the barbarism of the regime. The revolt has died down and those who have chosen armed struggle continue to be crushed by bombs in the north of the country. A large part of them joined the Islamists, while the least confessional and the most disinterested, totally isolated, no longer interest anyone.

With the crushing of the Islamic State (battle won thanks to the armed intervention of the Kurds in the north, but also of the Druzes in the south), then the Turkish offensive, the truce and the joint patrols between Turks and Russians, the pawns placed by the United States and Europe here and there (through NGOs and agreements imposed to the Kurds), but also the quiet invasion of Syrian territory by Russian forces and Hezbollah (with the agreement of Bashar, who believes perhaps to ensure his security and his power in this way), Damascus seems well isolated in the middle of a huge country where the president, with his small empty head at the end of a long neck, does not have much control anymore…

What has fundamentally changed is that he no longer has the same foundation as previously. For a few weeks, a fratricidal conflict has pitted him against his cousin, Rami Makhlouf, and everywhere the Russians have occupied the territory, including in Kurdish territory (Rojava), as if they were slowly preparing to take control of the country with the help of Iran. And, stubbornly, Bashar continues to flatten the north of the country under bombs, as if his power still depends on it.

But in 2020, the combination of international sanctions and the Covid pandemic put an end to several years of resignation and fear : the Syrians are dying of hunger!

Since the beginning of the year, the rate of the Syrian pound has suffered an unprecedented fall : from 500 pounds in January 2020, the dollard passed the 3,000 pound mark on June 8. In one year, the pound was devalued by 130%. The price of onions rose by 97% in two months, lentils by 64%, bread by 54%, flour by 46%, pasta by 44% and rice by 33%. The average salary being 30,000 pounds and a family meal costing between 3,000 and 5,000 pounds for a traditional family (two or three children), a salary is just enough to pay for food for ten days with one meal per day, whereas some families can no longer even afford to buy olive oil and tea. Grocery stores, for their part, choose to open only a few hours a day, not knowing at what price to sell their products, the dollard increasing by 200 Syrian pounds per day. And the banks are starting to close their ATMs …

Since Friday, first timidly, the population has once again braved power, demonstrating in the street singing this refrain that had so irritated the idiot who has served as president of Syria for too long : “Yalla irhal ya Bachar!”

The other slogans:

اللي يجوع شعبه خاين

Whoever starves his people is a traitor

الشعب يريد إسقاط النظام

The people want to overthrow the regime

سوريا حرة حرة إيران تطلع برا

Syria is free, Iran go out

سوريا حرة حرة بشار يطلع برا

Syria is free, Bashar go out

تحيا سوريا ويسقط بشار الأسد

Long live Syria and overthrow Bashar al-Assad

ثورة حرية عدالة اجتماعية

Revolution freedom social justice

ما بدنا نعيش بدنا نموت بكرامة

We do not want to live, we want to die with dignity

يا ادلب، السويدا معاكي للموت

Idleb, Swaida is with you until death

يا درعا، السويدا معاكي للموت

Daraa, Swaida is with you to death

ثورة

Révolution !

Those who, with their cynicism and indifference, would like to see ISIS destroyed and Syrian refugees to return home by the operation of the Holy Spirit or by brute force, should understand that the balance of the world depends on the fall of the regimes which carry within them virile authoritarianism and the taste for money, wherever they are. The threat does not come from popular revolts and exile, but from those elites who believe that we can dispose of humans as we dispose of pawns on a black and white chessboard.

As the world enters a period of unprecedented upheaval, systemic racism and authoritarianism are on everyone’s lips, so we invite the world to resume the song of the Syrian revolt, to finally bring down all the valets of the system who serve us as leaders!

The liberation of peoples rhymes with the end of capitalism (and its imperialism).

The insurrection can only be global, carried by the people for the people.

International solidarity with the Syrian people !!